#141: Macbeth – Jo NESBØ

Nesbo

Macbeth, par Jo Nesbø, traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

  • Maison d’édition : Gallimard
  • Collection : La Série Noire
  • Pays : Norvège
  • 624 pages
  • Quatrième de couverture

« Dans une ville industrielle ravagée par la pauvreté et le crime, le nouveau préfet de police Duncan incarne l’espoir du changement. Aidé de Macbeth, le commandant de la Garde, l’unité d’intervention d’élite, il compte débarrasser la ville de ses fléaux, au premier rang desquels figure Hécate, puissant baron de la drogue.

Mais c’est ne faire aucun cas des vieilles rancœurs ou des jalousies personnelles, et des ambitions individuelles… qu’attise Lady, patronne du casino Inverness et ambitieuse maîtresse de Macbeth. Pourquoi ce dernier se contenterait-il de miettes quand il pourrait prendre la place de Duncan? Elle invite alors le préfet et d’éminents politiques à une soirée organisée dans son casino. Une soirée où il faudra tout miser sur le rouge ou le noir. La loyauté ou le pouvoir. La nuit ou le sang. »

avis livre

La Série Noire - Etonnants VoyageursTrès bien, je l’avoue. Je n’ai pas encore lu le Macbeth de William Shakespeare. Au moins, on ne pourra pas m’accuser de comparer consciemment ou non l’œuvre originale à cette réécriture moderne ! Jo Nesbø nous propose pour cette fois un roman tout à fait indépendant, qui n’a rien à voir avec sa série sur Harry Hole. Macbeth, réécriture moderne d’une tragédie shakespearienne, à la façon scandinave, qui dit mieux ?

Après une première lecture de l’auteur sur un autre de ses romans, me voici partie sur ses traces, mal m’en prit… parce que cette expérience fut décevante et frustrante. Voilà, c’est dit. Comme dans presque tous les polars scandinaves, l’auteur prend son temps pour développer son décor, le décrire et nous le rendre aussi réaliste que possible, avec son ambiance industrielle et envahie par les substances illicites et dangereuses, les gangs qui se disputent une ville fichue, et la corruption omniprésente des institutions qui dirigent ce bout de bêton en proie à la criminalité.  Un décor et un contexte admirablement mis en avant dès le premier chapitre, et qui annonce la couleur. Une belle écriture, vivace et maîtrisée, certes. 

Tragédie à venir, effusions de sang et trahisons dans le sillage des forces de police. Malgré le côté tranchant des mots sur une ville gangrénée, le bouillon ne prend pas, parce qu’après 100 pages de contexte, de présentation des personnages et de langage doux entre amoureux, on ne sait même pas si on a envie d’aller plus loin ; on sait juste qu’à ce rythme, l’abandon n’est pas loin. La promesse d’une tension inégalable et d’une tragédie à venir est bien loin, malgré quelques alliances qui se forgent petit à petit. Jo Nesbø tente de reproduire un langage amoureux et châtié en hommage à l’œuvre qu’il réécrit aux temps modernes, et ce qui fonctionne chez d’autres plumes s’effondre entre ses mains.

Ce Macbeth-là ne prend pas, emprisonné sous des efforts qui n’aboutissent pas. Macbeth et Lady, par exemple, des amants qui se parlent sur un ton théâtral, et dont on finit par se moquer parce que ça manque de réalisme et de naturel. Réécrire dans une époque moderne, oui, mais dans ce cas, réécrire jusqu’au bout, avec un langage plus courant, moins naïf et dégoulinant de bons sentiments. Le langage irrite, le langage alourdit le peu d’action. Réalisme et cohérence ne sont pas au rendez-vous, pas plus que l’étincelle de la tragédie promise. Les enjeux sont là, évidemment, mais ils sont trop loin, trop dissimulés sous une brume de beaux mots pour être accessibles. Les personnages défilent aussi mollement que l’intrigue, qu’ils vivent ou qu’ils meurent m’indiffère hélas. Bah, que la main du destin s’occupe d’eux, ils ne sont qu’encre et papier, une redite moderne qui a semble-t-il du mal à s’affranchir de l’œuvre originale.

C’est donc un abandon total empreint de frustration et de déception qui clôt cette aventure longue et plus tragique que polar. Au bout de 327 pages, j’ai déclaré forfait, et je vais vous expliquer ce qui a déclenché cette décision irréversible. Cette fichue scène de mièvrerie, bon sang. Le type trompant sa femme qui doit passer quelques jours avec elle, se rend compte qu’il l’aime encore d’un amour tendre et sincère, rompt avec sa maîtresse qui est aussi sa collègue, et dépose les armes devant celle-ci parce que Madame refuse de se faire larguer et se met en tenue toute aguicheuse pour le faire craquer une dernière fois, le tout en l’abreuvant de paroles accusatoires alors qu’elle chiale, pas pleure, mais chiale. Et vous savez ce qu’il fait ? Lisez, ne comptez pas sur moi pour vous le dire. Presque 330 pages pour abandonner sur ce passage imbuvable.

Bref. Le Macbeth de Jo Nesbø tente de reprendre les codes shakespeariens sur un terrain moderne et échoue malheureusement à rendre le tout digeste et crédible, malgré une très bonne volonté et du courage, un peu d’audace, aussi. Ce n’est tout de même pas rien d’adapter une œuvre à une autre époque, et on doit au moins reconnaître cette prise de risque à un auteur qui tente de sortir de sa zone de confort. Ce qui n’a pas fonctionné pour moi saura peut-être vous convenir, alors si vous doutez, je vous donne la réponse tout de suite : laissez-vous tenter malgré mon avis. Ne prenez pas le risque de manquer un coup de cœur à cause d’un avis un poil grincheux. Quant à moi, je ne lâche pas l’auteur, le coup de foudre n’aura pas pu se faire ici, voilà tout !

La plume

NESBO JoOn le connaît pour sa série Harry Hole, Jo Nesbø est pourtant plus qu’un écrivain, il est aussi scénariste, et son champ d’action ne se limite pas qu’au policier des glaces, puisqu’il écrit et publie également dans la littérature jeunesse et la littérature d’enfance. Sa première publication date de 1997 et ne connaît plus d’interruption depuis.

Adaptations de quelques uns de ses romans en format cinématographie, nom célèbre en terres scandinaves autant que dans le reste du monde, ses romans sont traduits dans plus d’une quarantaine de pays, et son succès n’en finit pas, pour notre plaisir ! Pour sa bibliographie, jetez un oeil à sa page Babelio, ou bien à sa fiche Wikipédia, très fournie elle aussi !

Pour aller plus loin          

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