#108 : Donne-moi tes yeux – Torsten PETTERSSON

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Donne-moi tes yeux, par Torsten Pettersson, traduit du suédois par Carine Bruy

  • Maison d’édition : Éditions Télémaque
  • Collection : Entrailles
  • Pays : Finlande
  • 398 pages
  • Quatrième de couverture :

« Une jeune femme est retrouvée mutilée dans un parc de la petite ville finlandaise de Forshälla, nue, les orbites vides, un « A » gravé sur le ventre.

Le commissaire Harald Lindmark de la brigade criminelle dirige l’enquête.

« Au cours de l’année qui vient de s’écouler, j’ai changé aussi bien en tant qu’être humain qu’en tant que policier. J’ai pensé et fait beaucoup de choses qui m’auraient été étrangères auparavant. Je tiens à en faire un récit exhaustif afin que moi-même et les autres puissions comprendre. » »

avis livre

LOGO éd télémaqueUn nouveau thriller scandinave entre mes mains, joie ! J’ai nommé Donne-moi tes yeux, de Torsten Pettersson, une plume qui nous vient de Finlande, et dont le titre évocateur nous promet une intrigue sanglante et des moments de malaise assurés. Qu’en est-il réellement ? Déjà, il va falloir que je revois ma prononciation des villes et des noms, les joies d’une lecture en terre nordique ! Mais après ?

Une plongée directe dans la pensée fracassée d’un tueur, une proie que l’on attend de chasser, un plaisir non dissimulé tandis que l’on patiente avant son arrivée. Il y émane dès les premières pages une folie meurtrière qui donne envie de poursuivre, complétée par la vision d’une ville enneigée, à l’ambiance parfaite pour notre voyage scandinave. Puis arrive le vieil inspecteur et son équipe, les personnages que l’on va suivre dans une série d’enquêtes aux multiples pistes.

Un récit à la première personne, déroutant par certains moments, non seulement pour le point de vue évoqué, mais aussi par la manière qu’a l’auteur d’arranger ses chapitres : plusieurs histoires nous sont présentées tout au long de ce très long récit, des personnes qui n’ont aucun lien, des malheurs qui sont contés sous forme de journal, principalement. Retour aux chapitres des enquêteurs, puis rebelote avec un bout de journal.

Et c’est là que tout s’effondre pour moi. Le premier chapitre nous promet monts et merveilles avec un tueur qui aime chasser ses proies, et une atmosphère que le lecteur de thrillers aime tout particulièrement. Au final, qu’a-t-on ? Un inspecteur hautain, mou. Harald n’attire aucune sympathie, ni lui, ni son équipe. Les méthodes d’interrogatoire sont à vomir, et curieusement, cette rage en moi à chaque fois que j’ai lu une scène d’interrogatoire avec cette équipe de bras cassés, elle sert, parce qu’elle montre la réalité du terrain, mine de rien. Des inspecteurs qui poussent le suspect à bout sans se soucier de son état, de la vérité. Des inspecteurs qui bâclent le travail. Une réalité qui n’est pas générale, entendons-nous bien, mais qui existe malgré tout.

Voilà que Donne-moi tes yeux se perd en longueurs, des chapitres entiers de blablas sans intérêt par rapport à l’enquête, ou autre, d’ailleurs. À tel point que je lis en diagonale, j’aurais tenu jusqu’à la moitié de la brique, me direz-vous ! Rien ne me permet d’accrocher, ni l’enquête qui avance tellement peu et si mollement, ni l’ambiance qui vire au ralenti, encore moins les personnages qui n’ont aucune profondeur, rien d’attachant… On s’en tient aux faits dans ce roman, rien qu’aux faits, sans passion aucune. Le style de départ est intéressant, hélas il devient vite fade.

Et pourtant, pourtant… Cette fichue enquête avait un potentiel énorme ! Les différentes histoires, les personnages que l’on apprend à connaître difficilement avec leur journal, toutes ces choses qui se croisent… Ce qui aurait fait une enquête de génie s’est transformé en un calvaire de lecture, pas d’autre expression possible. Même la fin souffre d’une tension inefficace, un tueur en série qui s’avère être creux et même pas crédible tant il n’y avait aucun indice, rien chez lui qui indiquerait son vrai visage. Un tout dernier chapitre qui, tout de même, parvient à me sortir du sommeil tant il est court, et surtout mystérieux parce qu’il annonce une suite. Mais ce bout d’intérêt ne parvient pas à sauver une brique comme celle-ci.

Un avis qui ressort donc comme très négatif, une déception totale, rare chez moi. Mais je vous le dis, il y avait là un potentiel infini pour créer une histoire à nous tenir en haleine, avec une tension permanente. Néanmoins, l’auteur a livré son histoire telle qu’il la voulait, elle reste compréhensible, peut-être pas entièrement crédible mais les réflexions qu’il propose à travers toutes les victimes et leur journal sont dignes d’intérêt. On y parle de la nature humaine, féroce et sordide, de tout ce que l’Homme peut inventer pour faire du mal à l’autre. On y parle mensonges, traumatismes, mine de rien, trafic humain et la part de bestialité naturelle, et pas forcément expliquée, chez l’Homme. L’intrigue n’a malheureusement pas réussi à faire passer le message par de la tension, mais les enjeux étaient là, présents, et le style pas pauvre, au contraire, mais juste mal utilisé.

En dépit de mon avis majoritairement négatif, je vous conseille vivement de tenter votre chance avec Donne-moi tes yeux. Je regrette pour ma part d’avoir raté un potentiel coup de cœur, l’intrigue s’y prêtait tant, je n’ai juste pas pu m’accorder à la manière de faire de l’auteur. Ne vous laissez pas injustement influencer par un avis grognon comme le mien !

La plume

photo-torsten-pettersson-tbTorsten Pettersson, ce nom ne vous dit rien ? Cet écrivain nous vient tout droit de Finlande ! Professeur de littérature dans une université en Suède, il combine son métier avec celui d’auteur, tout d’abord pour des publications universitaires, mais aussi pour de la poésie.

Donne-moi tes yeux est son premier roman traduit en français, suivi d’un deuxième qui, pour l’instant, complète un diptyque. On en sait peu sur cet auteur scandinave, mais pourquoi pas aller faire un tour sur ZoneLivre Nordique ?

Pour aller plus loin          

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